Attentat de Québec – An 1 : Je me souviens !

Nous honorons aujourd’hui la mémoire de nos 6 frères, nos 6 concitoyens tués dans l’attentat de Québec le 29 janvier dernier. Un an déjà depuis ce tragique événement et les plaies sont encore ouvertes. Il suffit de lire et d’entendre les commentaires entourant ces commémorations pour que votre coeur saigne à nouveau…

S’il y a eu un fort élan de solidarité de toute la population durant les 15 jours qui ont suivi la tragédie, force a été de constater par une grande majorité, que le climat s’est vite détérioré. L’humanité qu’on a su trouver à ces québécoisEs de confession musulmane s’est vite envolée. Mais surtout, il ne faut pas en parler, “cessez de vous victimiser” nous dit on !

Pour avoir rencontré les familles à quelques reprises, je leur renouvelle toute mon admiration pour leur courage et leur résilience. Elles ont eu une année tellement éprouvante. La perte de leur être aimé bien sûr mais la gestion du quotidien, le manque d’indemnisations, l’abandon du politique, les medias…

Une des rencontres qui m’a marquée est celle avec la famille de Ayman Derbali, un des survivants devenu paraplégique après avoir reçu 7 balles dans le corps en s’interposant devant le tueur. Lui et sa femme sont parents de 3 enfants, une petite fille et 2 garçons dont un autiste. Pendant le coma de son père, la petite fille a été hospitalisée. Sa mère partageait son temps au chevet de son mari et de la petite… Pendant ce temps, le petit garçon autiste a perdu ses services adaptés parce que ses parents n’étaient pas assez “présents”… Et ceci n’est qu’un exemple de situation auxquelles​ chaque famille a du faire face. Je ne veux pas aller plus loin et leur laisse le soin de s’exprimer lorsqu’ils le souhaiteront.

Une année bien éprouvante et un anniversaire éprouvant.

Nous avons pu entendre les épouses prendre la parole pour remercier la générosité de toutes et tous, pour rappeler des messages de nécessaire fraternité et aussi pour rappeler que touTEs les québécoisES ne sont pas à blâmer pour l’acte d un seul. De sages paroles… Elles sont si souvent répétées. Pourquoi personne ne semble les retenir, pourquoi nos politiciens jouent sans cesse sur la culpabilité que nous, citoyenNEs EngagéEs, faisons sois disant porter au peuple québécois lorsque que nous abordons des problématiques sociales ?

Ce qu’il est important de souligner ici ce sont les inactions politiques contre la montée de la haine, contre la montée des groupes d extrême droite opposées aux décisions qui briment les droits et libertés fondamentales et qui refusent de prendre les questions de racisme systémique et d’ islamophobie au sérieux.

Même si l’attentat à donné aux communautés musulmanes une visage humain, il va sans dire que la déshumanisation a vite repris son cours auprès des politiques et des medias. Toute critique du gouvernement, toute revendication liée à l’islamophobie vous met dans la liste systématique “des islamistes” potentiels. Il y a création des bons et des mauvais musulmans. Les bons, celles et ceux qui cherchent corps et âmes de l’emploi et se taisent ; et les mauvais, les intégristes qui critiquent, contestent et demandent ! Facile de briser ainsi le climat social… C’est de cela dont il est question aujourd’hui. Assisterons-nous encore à tout ça sans agir ? Nous savons et nous le voyons par notre mobilisation à tous ces événements de commémoration. Nous sommes capable de nous unir…

Je me souviens…

Alors, en ce jour de mémoire collective, je me souviens. Je me souviens que des hommes ne sont pas morts en vain, je me souviens que ces hommes donneront à plusieurs d’entre nous la volonté de persévérer pour la justice et l’égalité, pour bâtir une meilleur société sans racisme, sans islamophobie…

Le fait d’être ici aujourd’hui, montre la volonté que nous avons d’être ensemble, de ne pas oublier… Ce sont ces élans de solidarité que nous devons préserver pour continuer à bâtir notre société… Nous devons nous rappeler chaque 29 janvier et toute l’année durant que nous pouvons toujours faire mieux pour aller vers l autre et déconstruire nos préjugés, que nous devons considérer l’autre comme notre égal, que nous ne ferons plus le jeu simpliste des medias et que nous refusons de nous laisser diviser quand nous avons le pouvoir de bâtir !

Mamadou Tanou Barry,  Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti, Azzeddine Soufiane, Ibrahima Barry

Merci de nous aider à nous rappeler que la vie est précieuse, que la division sociale ne peut avoir sa place et que nous devons absolument avancer pour offrir cette société à laquelle nous aspirons pour nos enfants… Ensemble, continuons de croire que tout est possible, que nous sommes les actrices et les acteurs du changement, ensemble continuons à lutter !

par/by Eve Torres

(allocution prononcée dim. 28 janv 2018 à l’église unitarienne de Maisonneuve-Ouest)

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