Voici pourquoi Uber menace de se retirer du Québec

Après avoir refusé les réformes qui lui ont été imposées par Québec la semaine dernière, l’entreprise pourrait quitter la province le 14 octobre prochain.

Jean-Nicolas Guillemette, directeur général d’Uber pour le Québec, a annoncé ce matin que l’entreprise allait se retirer de la province le 14 octobre si Québec ne modifiait pas ses réformes pour le renouvellement de son projet-pilote.

 

Le ministère des Transports a annoncé vendredi dernier que, pour continuer ses activités au Québec, Uber devra se plier à de nouvelles règles, y compris de confier la vérification des dossiers de ses chauffeurs aux services de police (plutôt qu’à une entreprise privée) et imposer 35 heures de formation préalable aux chauffeurs, plutôt que les 20 heures exigées en ce moment.

 

C’est ce dernier point qui frustre surtout Uber. « La plupart de nos chauffeurs-partenaires ne font cela qu’à temps partiel. Une formation de 35 heures découragerait des chauffeurs potentiels de se joindre à nous », a affirmé M. Guillemette en conférence de presse. Il a aussi rappelé qu’en 2016, 10 000 chauffeurs ont bénéficié du système d’Uber, avec près de la moitié qui l’utilisent régulièrement, et que le nombre total d’heures travaillées par des chauffeurs-partenaires d’Uber au Québec équivaut à 3 000 emplois à temps plein.

 

Le ministre des Transports du Québec, Laurent Lessard, a annoncé jeudi dernier que le gouvernement dédommagerait l’industrie du taxi pour la baisse de valeur du permis de taxi qu’a engendrée l’arrivée d’Uber au Québec. Le montant exact n’a pas encore été établi, mais on l’estime à plusieurs millions de dollars, tout droit sortis des poches des contribuables. Québec avait aussi évoqué l’idée d’annuler ou de racheter des permis de taxis vendus après le début du projet-pilote d’Uber.

 

Uber a qualifié de « rétrograde » la décision du gouvernement. Le premier ministre Philippe Couillard a répondu en indiquant qu’il serait « étrange » qu’Uber n’accepte pas les nouvelles conditions, vu qu’elles ne font qu’assurer la sécurité des chauffeurs et des utilisateurs.

 

Depuis le début de son aventure au Québec, Uber a fait face à de nombreux obstacles, notamment dans ses négociations avec le gouvernement.

 

Jean-Nicolas Guillemette a affirmé que l’entreprise de San Francisco était « ouverte » aux discussions avec le gouvernement, mais qu’après avoir eu un entretien téléphonique avec le sous-ministre hier soir, il n’avait toujours pas eu plus de détails en ce qui a trait à la logistique des modifications du projet-pilote pour son renouvellement. Il ajoute aussi ne pas vouloir que les négociations avec le ministre des Transports se fassent sur la place publique.

 

Le géant américain du transport Uber est dans une position précaire. Il perd tranquillement du terrain en raison du mécontentement des chauffeurs de taxi partout dans le monde relativement à son mode d’exploitation, ainsi qu’à l’arrivée d’autres services semblables comme Lyft.

 

On apprenait la semaine dernière que Londres lui retirait son permis d’exploitation, une décision appuyée par le maire, Sadiq Khan. La société de transport de la ville, la TFL, a rejeté le renouvellement du permis de la compagnie parce qu’elle n’est pas une compagnie de chauffeurs privés « honorable et compétente ». Elle ajoute de plus que « l’approche et les actions d’Uber montrent un manque de responsabilité d’entreprise » pour les crimes commis par les chauffeurs et l’absence de vérification de leurs antécédents. Des chauffeurs londoniens d’Uber ont, entre autres, attaqué des policiers avec une épée, frappé un bébé et violé une passagère. Le système de cryptage utilisé par l’application, qui rendrait plus difficile le travail des autorités, est aussi dénoncé dans le rapport de la TFL.

 

Uber a jusqu’au 30 septembre pour faire appel à la décision de la TFL, ce qu’elle entend bien faire. Le nouveau PDG de l’entreprise, Dara Khosrowshahi, qui a été engagée pour rétablir l’ordre et la réputation d’Uber, a concédé que la compagnie avait fait des erreurs dans le passé et qu’il est d’une importance capitale qu’elle redresse sa réputation auprès des gouvernements et des utilisateurs.

Billy Eff – Vice Canada – 26 sept 17

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