Le Canada a besoin de données sur la race

Si les Canadiens veulent comprendre pleinement l’influence de la race sur les expériences vécues dans la société canadienne, nous devons recueillir des données sur la race dans toutes les institutions sociales.

Un projet de loi d’initiative parlementaire visant à lutter contre le racisme environnemental a été adopté en deuxième lecture et renvoyé au comité de l’environnement de la Chambre des communes. Le projet de loi C-230 exige du gouvernement fédéral qu’il recueille des données sur l’emplacement des dangers environnementaux dans tout le pays et qu’il détermine les liens entre la race, le statut socioéconomique et divers résultats pour la santé. Pour ce faire, il faudra disposer de données adéquates sur la race et la santé, ce qui n’est pas le cas actuellement dans la plupart des juridictions canadiennes.

Malgré les liens évidents entre les indicateurs socioéconomiques et les résultats en matière de santé, peu d’organismes de santé canadiens recueillent des données raciales. Ce fait a fait l’objet d’un examen attentif lorsque la pandémie de COVID-19 s’est développée et que les taux disproportionnés d’exposition et d’infection parmi les populations racialisées sont devenus évidents. Des initiatives de collecte de données fondées sur la race ont rapidement suivi.

Il n’est pas surprenant que les données sur les liens entre la race et les résultats en matière de santé restent rares. Le Canada a longtemps hésité à collecter des données fondées sur la race – une hésitation fondée en partie sur la crainte que cela ne conduise à une discrimination ciblée.

Cette crainte n’est pas sans fondement : l’identification et le tri des personnes en fonction de leur race ont été utilisés pour faciliter certains des crimes les plus horribles et les plus injustifiables contre l’humanité – l’Holocauste en est un excellent exemple. Conscientes de ce fait, ni l’Allemagne ni la France ne collectent de données sur la race ou l’ethnicité dans les institutions ou les résultats sociaux, et elles ont résisté à le faire pendant des décennies. Ces décisions ont toutefois été de plus en plus remises en question à mesure que les appels à l’identification et à la lutte contre les inégalités raciales se sont multipliés.

Le Canada a également fait l’objet de pressions pour modifier la manière dont il collecte les données. Une déclaration publiée par le Parliamentary Black Caucus en juin 2020 a exhorté le gouvernement du Canada à recueillir des données fondées sur la race. Plus tard au cours de l’été, Statistique Canada et l’Association canadienne des chefs de police ont annoncé leur intention d’ajouter la collecte de données sur la race et le statut d’autochtone aux statistiques sur les crimes déclarés par la police. Pour autant que cela soit fait correctement, il s’agit d’une initiative bienvenue qui nous aidera à mieux contextualiser la surreprésentation des groupes noirs et autochtones observée dans le système de justice pénale.

Il faut cependant aller plus loin. Si nous voulons connaître les raisons sous-jacentes de la surreprésentation des Noirs et des autochtones dans nos systèmes pénitentiaires, par exemple, nous avons besoin de données fondées sur la race concernant d’autres résultats sociaux, notamment dans les domaines du logement, de l’éducation et de l’emploi.

Si les Canadiens veulent avoir une compréhension complète de la façon dont la race, ainsi que d’autres caractéristiques démographiques, influencent les expériences dans la société canadienne, alors nous devons recueillir des données sur la race dans toutes les institutions sociales. Il est temps d’abandonner la catégorie des minorités visibles au profit d’une collecte de données plus solide et plus complète sur la race.

Auteur.e.s :

Akwasi Owusu-Bempah est membre du corps professoral du département de sociologie de l’Université de Toronto, conseiller spécial de l’Association canadienne des libertés civiles et coprésident du comité sur la justice de la Black North Initiative.

Wanda Thomas Bernard est une sénatrice de la Nouvelle-Écosse et vice-présidente du comité des droits de la personne du Sénat.

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