Neo-Canadiens, victimes d’une charge émotionnelle au travail

Les préjugés créent une charge émotionnelle qui incite les personnes de couleur à vouloir quitter leur emploi au Canada“. Pourquoi ?

À cause de la discrimanation et des préjugés. C’est ce que révèle une étude de Catalyst, un organisme qui mène des recherches et travaille à une plus grande prise en compte des intérêts des femmes en emploi, depuis plus de cinq décennies au Canada. Par personnes de couleur, on entend ici les Noirs et les Asiatiques de l’Est et du Sud.

Une nouvelle étude de Catalyst (1), « Combattre les effets de la charge émotionnelle chez les personnes de couleur au Canada grâce à l’autonomisation au sein des milieux de travail », constate que les Canadiens de couleur–plus spécifiquement les personnes qui s’identifient comme étant noirs, est-asiatiques et sud-asiatiques-expérimentent de hauts niveaux de « charge émotionnelle » qui met leur santé globale à risque et les poussent à envisager de quitter leur emploi. Le rapport constate également que, malgré ces défis, les personnes de couleur au Canada ont toujours un fort désir de contribuer et de réussir, et que les employeurs peuvent contrer cette tendance négative en créant des milieux de travail favorisant l’autonomisation.

L’étude, menée auprès de plus de 700 Canadiens et Canadiennes de couleur, a été réalisée avec l’appui d’ Ascend Canada (2), un organisme sans but lucratif qui collabore avec des entreprises canadiennes pour développer et promouvoir le talent panasiatique, et ses constats sont fondés sur des résultats tant quantitatifs que qualitatifs.

La charge émotionnelle — que nous avons décrite pour la première fois en 2016 — est la combinaison du fait de se sentir différent de ses pairs au travail en raison de son sexe, de sa race ou de son origine ethnique, d’être sur ses gardes face aux préjugés, et des effets connexes de ces éléments sur la santé, le bien-être et la capacité de réussir dans son travail. L’étude de 2019 démontre que de nombreux Canadiens de couleur sont « sur leurs gardes » de manière constante et envisagent sérieusement de quitter leur emploi. Ce sentiment d’être sur ses gardes peut résulter d’actes fondés sur les préjugés ou la discrimination dans la société en général ou sur le lieu du travail.

« Les personnes de couleur constituent un moteur de l’économie canadienne et malgré cela, elles continuent d’avoir à composer avec des obstacles parmi les plus profondément ancrés, notamment leur quasi-absence au sein des postes de haute direction, l’inéquité salariale et la discrimination », explique Tanya van Biesen, directrice générale, Catalyst Canada. « Au fil du temps, ces défis ont de lourdes répercussions sur la santé et le bien-être des employés. En cette période de pénurie de talents et de compétences, les entreprises doivent prendre des mesures intentionnelles pour créer des milieux de travail axés sur l’autonomisation qui valorisent les personnes pour leur caractère unique et qui les motivent à ne pas quitter leur emploi ».

L’étude de 2019 révèle que les personnes « sur leurs gardes » prennent des mesures différentes. Bon nombre de leurs actions entrent dans la catégorie des « efforts de dissimulation », soit des efforts conscients non seulement pour se préparer aux préjugés, mais aussi pour essayer de les bloquer en minimisant certains aspects de leur propre identité afin de se protéger contre la discrimination ou les réactions négatives.

« L’importance de pouvoir se sentir authentique et entier au travail n’a jamais été aussi cruciale, surtout à la lumière de l’impact des ” efforts de dissimulation ” sur notre communauté », de dire Kelvin Tran, président, Ascend Canada. « De concert avec Catalyst, nous espérons que cette étude sur la charge émotionnelle suscitera de vives discussions sur l’inclusion en milieu de travail et renforcera l’engagement des employés, l’innovation au sein des entreprises et leur rendement financier ».

PRINCIPAUX CONSTATS

  • Être « vigilant » (sur ses gardes) est une expérience partagée parmi les Canadiens de couleur.
    • De 33 % à 50 % des professionnels noirs, est-asiatiques et sud- asiatiques déclarent être très vigilants pour se protéger contre les préjugés.
    • Lors d’entrevues en profondeur, 77 % des femmes et des hommes de couleur ont relaté des histoires pénibles d’exclusion et de vigilance. Dans bien des cas, ces histoires n’ont été révélées que tard dans l’entrevue, ce qui indique bien l’importance de « creuser » afin d’être en mesure de mieux saisir l’expérience des personnes de couleur.
    • Même lorsqu’ils sont sur leurs gardes, les Canadiens de couleur ont un fort désir de contribuer et de réussir.
  • La charge émotionnelle est liée au problème de la rétention au Canada
    • De 50 % à 69 % des professionnels noirs, est-asiatiques et sud- asiatiques qui sont très vigilants à l’égard des préjugés ont la ferme intention de quitter leur emploi.
  • La charge émotionnelle est un facteur qui représente une menace pour la santé et le bien-être.
    • De 22 % à 42 % des professionnels noirs, est-asiatiques et sud-asiatiques qui sont très vigilants face aux préjugés signalent des taux élevés de troubles du sommeil.
  • Les dirigeants qui créent des milieux de travail qui confèrent plus d’autonomie et apportent un soutien aux personnes de couleur peuvent faire en sorte que celles-ci aient l’intention de conserver leur emploi, en s’assurant qu’elles se sentent valorisées pour leur caractère unique.

Dans l’étude, les employés énoncent un certain nombre de mesures que les entreprises peuvent prendre pour créer un environnement de travail axé sur l’autonomisation. Parmi celles-ci :

  • Parler aux employés, leur faire confiance et les soutenir
  • Outiller les employés pour qu’ils puissent travailler au meilleur de leurs capacités

Pour en savoir plus :

– site de Catalyst : https://www.catalyst.org/

– site de Ascend Canada : https://www.ascendleadership.ca/

(c) NeoQuébec ( à partir de newswire.ca) – Juil 2019

 

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