Municipales 2017 – Communautés AfroQuébécoises : entre déception, espoir et questionnements

Les urnes se sont refermées dans la nuit de dimanche à lundi 6 novembre 2017 révélant leur verdict des élections municipales au Québec. Reprenons ici l’expression d’une femme politique de la rive-sud de l’île : « Montréal est sortie de l’âge de la pierre » ( cqfd Comme à Longueuil.).

Comprenez ainsi que le vote du 5 novembre 2017 a eu pour résultat, l’élection à la tête de la métropole québécoise d’une femme, Valérie Plante. Exit M. Coderre ! Par ici l’entrée Mme Plante !

Quelques chiffres

D’abord quelques chiffres. Pour cette élection où 418 candidats se sont présentés dans les trois villes Laval, Longueuil et Montréal, on en a dénombré 32 candidats issus des communautés noires. Parmi eux, on comptait 15 femmes. (http://neoquebec.com/artists-news/elections/ )

L’effet Plante n’a pas bénéficié aux candidats afroquébécois de Projet Montréal

Avec un taux de participation global de 42,45%, seuls 4 candidats noirs ont pu se faire élire. Trois femmes et 1 homme. Triste bilan. 4 sur 32 candidats. 12,5%.

À Montréal, ont été élus Frantz Benjamin (conseiller de ville – Saint Michel), Nathalie Pierre-Antoine (conseillère d’arrondissement – Rivière-des-Prairies) et Renée-Chantal Belinga (conseillère d’arrondissement Montréal-nord); et du côté de Laval, Jocelyne Frédérique-Gauthier (conseillère de ville – Auteuil). Quant à Longueuil, le seul parti où l’on retrouvait 3 AfroQuébécoises, dont l’une était candidate pour la mairie, les scores furent déplorables.

Fait significatif, à Montréal, la formation gagnante ne compte dans ses rangs aucun-e élu-e AfroQuébécois-e. Et ce malgré le fait que Projet-Montréal-Valérie Plante soit la formation politique montréalaise qui présentait les plus de candidat-e-s noir-e-s, soit 9 candidats. Il est toutefois important de souligner la performance de la candidate « projetiste » Daphney Colin qui a « loupé » le poste de conseillère de ville Rivière-des-Prairies (district de La pointe-aux-Prairies) pour 82 voix. (écart déclaré ce mardi 7 novembre 2017).

On le constate, alors que soufflait un fort vent de renouveau, de changement, les 9 candidats AfroQuébécois de Projet Montréal n’en ont pas bénéficié. Il est vrai que dans les 2 circonscriptions, Montréal-nord et Rivière-des-Prairies, où ils étaient le plus présents, l’excuse « chateaux-forts du coderrisme» est plausible, mais reconnaissons que d’autres bastions dans lesquels la formation du maire sortant était bien implantée sont tout de même tombés.

Autre fait marquant, le conseiller de ville, élu à Saint-Michel, et président du conseil municipal sortant, Frantz Benjamin sera de nouveau le seul afroquebecois qui va siéger au conseil de ville de Montréal… Comme lors de la dernière mandature 2013-2017. Signalons aussi au conseil de ville la présence pour un second mandat de Jocelyne Frédéric-Gauthier, élue du district Auteuil à Laval.

Tableau récapitulatif des résultats susceptibles de changer, dans l’attente des résultats définitifs de Elections Quebec. Marge d’erreur possible

 

Quelles premières leçons tirer en lien avec les communautés noires ?

Dans de nombreux pays et à tous les scrutins, qu’ils soient locaux ou nationaux, de proximité et au-delà, on observe une réelle volonté de changement de la part des citoyens. Paradoxalement, les faits, les chiffres et l’observation sur le terrain laissent à penser que ce vent ne souffle pas dans la communauté d’électeurs AfroQuébécois, notamment dans le Grand Montréal. La donne est constante : voter est illusoire, puisque rien ne changera ! Et pourtant il faut que ce paradigme change si l’on veut que les choses bougent.

Prendre le taureau par les cornes

On ne peut dénier un certain héritage à Denis Coderre vis-à-vis des communautés noires durant les quatre années qui viennent de s’écouler; et même avant son élection à la mairie de Montréal.

À court terme, ces acquis doivent être préservés. Le recul n’est pas possible. En d’autres termes, les différentes entreprises – même timides –  entamées pour « s’asseoir à la table de discussion » doivent être maintenues et renforcées.

ps : Tableau récapitulatif des résultats susceptibles de changer, dans l’attente des résultats définitifs de Elections Quebec. Marge d’erreur possible

Tableau récapitulatif des résultats susceptibles de changer, dans l’attente des résultats définitifs de Elections Quebec. Marge d’erreur possible

L’implication et l’engagement dans la communauté globale doivent être encouragés et renforcés. On ne peut être surpris par la présence de 3 femmes sur les 4 élu-e-s noir-e-s.  L’observation sur le terrain prouve depuis de nombreuses années que ces dernières sont plus impliquées, plus concernées, plus actives dans la participation communautaire et citoyenne. Il faudrait s’appuyer sur les plus jeunes. Celles et ceux qui n’ont connu ni les dictatures en Afrique ou à Haïti; revaloriser au sein des communautés noires, cette idée que « faire la politique est noble » car on s’y lance dans le but de changer, d’améliorer le sort de la communauté dans son ensemble. Pour cette jeunesse, « prendre sa place » n’est pas qu’un slogan. Ce sont des actes.

À moyen et à long terme, l’émergence de plus d’acteurs et figures politiques nouvelles, fortes  au sein des communautés noires québécoises est plus que souhaitable. Elle  ne saurait être le résultat d’une génération spontanée. Elle dépendra, aussi et surtout, d’un certain  volontarisme politique des paliers de gouvernement municipal, provincial et fédéral, mais aussi des formations politiques. Sinon, comment comprendre les chiffres obtenus à cette élection ? Des deux candidats choisis pour des mairies d’arrondissements (Saint-Laurent et Montréal-nord), aucun n’a été élu ? Quelles en sont les raisons ? Était-ce de bons candidats ? Etait-ce “the right guy at the right place” et “the right woman at the right place”? Les circonscriptions étaient-elles « prenables » ? Toutes ces questions méritent d’être examinées par les états-majors des partis, mais aussi par le leadership des communautés elles-mêmes.

Si pour la grande majorité – et les taux de participation le démontrent – l’acte de voter apparaît comme un simple « luxe »;  au sein des communautés noires, cet acte doit être considéré comme un impératif. La participation desdites communautés est plus qu’indispensable en raison des demandes sociales et politiques spécifiques, qui sont les leurs et qui ne trouvent solutions très souvent que dans des démarches politiques ambitieuses. Pour ce faire, il va falloir prendre des initiatives qui tendent à inverser cette pente.

Alors, verrons-nous tous, des changements probants pour les prochains scrutins.

(c) Cyrille Ekwalla (Nov. 2017)

 

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